Au soir du J2, au terme d'une heure et demie d'une route tournante et parfois très mauvaise (mais on s'en fiche car on est en 4x4 à roues lisses), nous voyons donc surgir de l'obscurité, en
hauteur, la roça San João dos Angolares. Après avoir bifurqué et suivi le chemin qui y mène, nous arrivons sur un grand jardin au pied de la maison, où nous attend déjà la jeune femme qui a pris
notre réservation.
Nous franchissons le seuil, et nous voilà envoûtés. L'entrée est un grand salon chaleureux, meublé de fauteuils attirants, d'une bibliothèque, et décoré de plein de tableaux ; le plafond est très
haut, et les fenêtres immenses. Nous empruntons l'escalier de bois qui nous mène à un couloir extérieur, abrité par un petit toît, et desservant 2 chambres et la salle de bains ; on devine une
vue panoramique sur la vallée, mais il fait nuit. Notre chambre est une nouvelle pièce aux dimensions généreuses, elle offre 3 lits doubles, avec de jolies moustiquaires accrochées au-dessus et
repliées pour deux d'entre eux : on a la chance d'être seuls dans la chambre. Lumière tamisée dans un coin, silence absolu, repos total.
Nous descendons à l'heure convenue pour le dîner et découvrons une gigantesque terrasse à peine éclairée et recouverte d'un toît, son plancher en bois, sa jolie charpente également en bois. C'est
le coeur de la maison: on se balade et on passe devant des tables où des aliments sont stockés dans de grands saladiers en bois ; à un autre endroit, c'est une étagère où cohabitent objets
colorés et fioles de delikatessen à vendre ; près de la rambarde, ce sont les tables des clients, 6 couverts sont dressés ; un tableau dans un coin garde les traces d'une leçon de français
destinée aux serveurs ; plusieurs fauteuils et hamacs forment des petits salons nous invitant à nous reposer d'une exploration pourtant parfaitement régénérante ; on s'y pose tout de même.
Petit cocktail de bienvenue, première explosion subtile: mélange de rhum, de cannelle, et de fruits encore inconnus. On passe à table, dans une ambiance encore plus feutrée: le courant vient de
cesser, on allume les bougies. On n'en croit pas nos papilles en voyant les plats arriver: c'est un défilé de jarres, de poêles et de saveurs que le serveur amène et sert délicatement à la
cuillère dans nos assiettes. On aura des petites portions de chacun, à la façon des tapas espagnoles, mais c'est bien assez pour nous régaler ; après, vous dire exactement ce qu'on a mangé, on en
est incapables: on a surtout retenu l'originalité des textures et le parfait mélange des goûts, une alchimie qui ne doit sans doute rien au hasard, mais n'empêche pas de trouver cette cuisine
authentique et simple... Evidemment, on pense que le repas est terminé, mais arrive la soupe, puis le plat principal, un poisson impressionnant sur lequel les 6 clients vont se servir (il en
restera plus de la moitié), et enfin un fruit confit... Un vrai festival! Et que dire du bouquet final, lorsqu'une troupe de musiciens, chanteurs et danseurs du village arrive et entonne des airs
en protugais, avec une danse qui répond au festin que nous venons d'avaler: si simple en apparence, et pourtant si subtile...

Bon, on est encore au soir du J2, là, on traîne! Bref, vous aurez compris que nous sommes complètement sous le charme de cette belle bâtisse coloniale, et dès ce soir, nous savons que nous
resterons une autre nuit. La première est d'ailleurs fantastique de repos, et le petit-déjeuner succède dignement au dîner: rondelle d'ananas, tranche de fruit non identifié et banane, pain sans
doute maison et tiède, confiture tout aussi artisanale, thé, lait chaud et café à l'arôme enivrant. On essaie un peu de comprendre ce qu'est cet endroit, mais la jeune femme ne maîtrise pas
vraiment le français... Du coup, on embarque pour une visite guidée du domaine de la roça, et avant le départ, on prend quelques photos (en fait on n'est pas sûrs de la chronologie, mais ça
arrive au bon moment dans l'article, car normalement, vous êtes impatients de voir à quoi ça ressemble... non?). Allez:

La vue depuis la terrasse et notre couloir

La fameuse terrasse

Sur ce, on retrouve notre guide pour faire le tour de la roça. Au temps de la colonisation portugaise, une roça, c'était un immense domaine dans lequel on cultivait cacao et/ou café, les ouvriers
étant plutôt du genre nombreux et exploités, si nombreux qu'on trouvait souvent un hôpital, une école, des logements, etc, à l'intérieur du domaine. Aujourd'hui, certaines roças existent encore,
dont celle où nous étions. Détenue par un artiste, ce qu'on a compris ou deviné, finalement, c'est que c'est une sorte de projet tout-compris: agriculture, cuisine (tout vient de la plantation et
du jardin), tourisme, art (une maison à l'autre bout du jardin accueille des artistes en résidence)...
Nous partons donc en balade. Voici d'ailleurs le fameux jardin où poussent d'étranges sculptures:

Et on en profite pour vous mettre ZE maison où nous logeons:

Au bout du jardin, on trouve des ouvrières occupées à trier les grains de café:

Nous nous enfonçons ensuite dans la plantation, très vallonée et plutôt anarchique. Le guide, qui parle uniquement portugais, parvient à nous expliquer certaines choses ; il nous montre les
arbres à cacao et à café, on goûte même l'intérieur d'une cabosse de cacao. Ces arbres sont assez petits, et abrités par des plus grands pour les protéger du soleil. Le chemin est minuscule,
bientôt recouvert par les herbes. Même si on est aussi perdus dans un océan de verdure, l'ambiance est totalement différente de celle de la forêt équatoriale qu'on "connaît": c'est un peu plus
lumineux, moins oppressant.

Le cacao

Les bouteilles recueillent la sève (ou autre?) de ce palmier, pour
donner le vin de palme

Il y avait ces fleurs partout sur l'île: elles ressemblent étrangement à
des oiseaux du paradis...

Une autre roça que nous découvrons lors de la balade

C'est du café qui sèche

Mystérieux: on aperçoit le pic "grande", pain de sucre coupé en deux par
les nuages

La balade continue sur la plage, au sable noir

Au terme de 3h de balade, nous retrouvons la maison principale, où nous attend un déjeuner sur lequel on ne va pas s'attarder, car déjà vous devez nous maudire de vous avoir fait tant
saliver.
L'après-midi, direction l'extrême sud de l'ïle: Porte Alegre, ou plutôt Praia Jalé. On en a entendu parler car il est possible d'y dormir dans de petits cabanons sur la plage ; les tortues luth
viennent aussi pondre là mais ce n'est plus la saison. On a un temps envisagé d'y dormir nous aussi, mais bon, on était trop bien à San João... Bref, retour à Jalé: on arrive, le campement est
désert, et la plage aussi. Le ciel, couvert toute la matinée à San João, est maintenant d'un bleu soutenu, le sable est jaune orangé, l'eau turquoise, les vagues blanches et vaporeuses ; la plage
est bordée d'une rangée de palmiers. MA-GNI-FIQUE! Véritablement un site exceptionnel. On s'y baigne, évidemment, et on joue avec les rouleaux d'une force impressionnante et sans doute un
chouilla dangereux, l'eau est froide mais elle est LIM-PIDE. Sérieusement, malgré les vagues, on voit nos pieds alors qu'on a de l'eau jusqu'aux épaules. Voilà, rien de plus à raconter : la plage
la plus belle de notre monde est là-bas!

Et voilà, les yeux éblouis par le coucher du soleil, nous rentrons à San João...
Il reste
plein plein plein de photos à voir pour les motivés... et à bientôt pour la suite du séjour!
Ah on allait oublier l'itinéraire: